LES SYMBOLES
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L'AS DE NÎMES :
UNE ÉNIGME QUI SANS CESSE NOUS RENVOIT À UN BINÔME
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X - Le vrai et le faux
L'as de Nîmes présente de multiples facettes, quant-à ses interprétations, entre l'Histoire et les histoires. Et pour cause : il n'est constitué que de symboles qui touchent au politique, au religieux et cristalise les superstitions autour de son exotisme. De ce fait, au delà des sens les plus évidents, on peut lui faire dire beaucoup de choses. De très nombreuses frappes non officielles ont circulé. Elles sont le fait d'ateliers gaulois. Ce sont souvent des imitations frustres, de poids fantaisistes. Les graveurs gaulois y allaient de leur interprétation esthétique, mais s'éloignaient peu des éléments en présence : seules de petites variantes admises marquaient ces gravures.
À l'époque des deux premières frappes de l'as de Nîmes, les monnaies gauloises locales cohabitaient couramment avec les frappes des colonisateurs romains. La plupart du temps, et depuis un siècle, les gaulois reprenaient les thèmes des monnaies romaines ou grecques qui avaient marqué leur mémoire et les interprétaient à leur manière, sans chercher à les imiter servilement. Ce fut le cas tant que les frappes officielles ne couvraient pas les besoins, surtout en petites monnaies divisionnaires. Après la réforme monétaire d'Auguste, les frappes gauloises disparurent pratiquement. Le dupondius de Nîmes des types III et IV ne fût plus imités de façon aussi débridée. L'imitation est aussi la rançon du succès. Nul doute que le dupondius de Nîmes a marqué fortement son époque. Les imitations d'époque ne peuvent pas s'apparenter à des faux dans la mesure où leur circulation était admise. Ils n'étaient pas fabriqués pour tromper l'utilisateur, ni sur leur valeur, ni sur leur validité, ni sur le poids ou la structure de l'alliage. Ils faisaient partie de la vie économique de l'époque, en Gaule. On peut donc les considérer comme des monnaies de nécessité. Ce terme pratique s'applique aussi à certaines frappes officielles que la nécessité du moment n'a pas toujours permis aux instantes gouvernantes de réaliser dans les règles de l'art. La tricherie sur le métal, le poids, la valeur ou la médiocrité de certaines gravures des monnaies a de tout temps été aussi le fait des États quand ils l'estimaient utile.
XI - Bronze ou orichalque ?
Les dupondius/as de Nîmes sont souvent en bronze. Toutefois, certains modules du type I sont en orichalque, métal jaune qui s'apparente au laiton (cuivre jaune + zinc), avec éventuellement un peu d'étain. Ces modules sont toujours plus lourds (14 à 16 g. environ) que les bronzes courants (10-11 g. en moyenne). Hypothèse : l'utilisation de ce métal jaune (orichalque = cuivre d'or en latin), permettait de distinguer les as de bronze des dupondius d'orichalque. Sachant que la différence de poids entre l'as et le dupondius est minime (2 à 4 g. environ) et que le dupondius vaut deux as, il fallait utiliser un métal visuellement différent de valeur supérieure pour le dupondius. Par ailleurs, les coins étaient identiques pour les as et les dupondius.
Le monnayage au crocodile a ensuite subi une mutation avec la 2e réforme monétaire d'Auguste vers 10 avant J.-C. (la précédente réforme datait de 23 avant J.-C.) et les modules de types III et IV, systématiquement en bronze, ont vu leur poids se stabiliser autour de 12-13 g. avec valeur de dupondius.
Les alliages utilisés lors des frappes de l'as/dupondius de Nîmes sont très variables. Il faut, pour évaluer les tendances se resituer dans le contexte : Les premières frappes ont commencé à partir de 28-27 av. J.-C., époque charnière pour le monnayage entre la fin du système républicain et le début du système augustéen.
À la base, son alliage est composé de cuivre, d'étain et de plomb.
Intéressons-nous aux variations étain-plomb, en laissant de côté le cuivre :
1er temps : (40-36 av. J.-C.) 2 % d'étain + 18 à 30 % de plomb. Les as de Narbonne et beaucoup de bronzes de Lyon.
2e temps : (38-36 av. J.-C.) 4 % d'étain + 10 à 17 % de plomb. Les bronzes frappés en Italie et quelques bronzes de Lyon.
3e temps : (36-28 av. J.-C.) 7 % d'étain + 3 à 12 % de plomb. Les bronzes de Vienne et les premiers dupondius de Nîmes.
4e temps : (31-27 av. J.-C.) 9 % d'étain + 0 % de plomb. Les bronzes d'Orange et les premiers dupondius de Nîmes : certainement des types 1 au crocodile, mais aussi certaines des toutes premières frappes du type 2, avec Agrippa barbu.
La tendance montrait jusque là une augmentation de l'étain et une diminution du plomb qui disparaît pratiquement. Les années qui vont suivre, la tendance va s'inverser. La teneur en plomb du monnayage au crocodile va rapidement augmenter, en faisant "un bond" à partir de 16-10 av. J.-C. avec la réforme monétaire d'Auguste pour dépasser 10 % de plomb.
Le volume de monnaies produit à cette époque explique la baisse de qualité de l'alliage, ainsi que de nombreux styles de gravures hâtifs.
Reste la nature du cuivre utilisé : on y associe souvent de l'antimoine, de l'arsenic, et même un peu d'argent, ce qui donne un aspect gris au cuivre. Le cuivre extrait des mines du sud du Massif Central a cet aspect . On constate 100 fois plus d'antimoine et d'argent sur les alliages Gaulois comparativement aux alliages Italiens.
Le type 3 des dupondius de Nîmes marque une stabilisation vers 9-8 à 3 av. J.-C. à la fois pour les poids, la qualité des alliages et les styles qui retrouvent une très belle tenue. Le dupondius au crocodile à ce moment n'est plus une monnaie impériale, mais s'est replié sur un statut de monnaie locale. Il est supplanté dans son rôle de monnaie impériale par le monnayage à l'autel de Lyon. Le pourcentage de plomb se situe alors entre 1 et 2,5 %). Le type 4 conservera ces caractéristiques.
Ces informations sont issues à la base de l'étude métrologique dont rendent compte Paul-André Besombes et Jean-Noël Barrandon : "Les dupondii de Nîmes, datation, diffusion et nature du métal utilisé".