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LE DENIER DU LEGIONNAIRE !
Le denier du légionnaire symbolisait le temps de la gloire de Marc Antoine, de ses campagnes victorieuses et de sa légende bâtie auprès de Jules César dont il fut l'un des plus brillants généraux. Comment alors mieux le tourner en dérision qu'en parodiant ses symboles sur une autre monnaie, destinée à être tout aussi répandue dans l'Empire ? On peut émettre l'hypothèse que ces monnaies se répondaient en témoignant des avancées de l'histoire, mais aussi en influant clairement sur sa perception auprès des populations. Aujourd'hui, on ne définit pas autrement le "politiquement correct" issu de la propagande.
L'as de Nîmes reprend exactement l'avers de l'as d'Orange frappé très peu de temps auparavant (en 30 av. J.-C., soit un an après la bataille d'Actium et l'année même de la réannexion de l'Egypte par les romains par voie de conséquence). Auguste et Agrippa étaient représentés adossés pour la première fois sur l'avers de l'as d'Orange, avec les légendes IMP DIVI F. Par contre, le revers à la proue de navire de l'as d'Orange est remplacé par un crocodile grotesque sur l'as de Nîmes. (On considère généralement que les premiers exemplaires de l'as de Nîmes ont été frappés vers 28/27 av. J.-C.). L'animal épouse parfaitement la forme de la galère inspirée par le fameux denier du légionnaire de Marc-Antoine. C'est en quelque sorte un "navire-animal".
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Denier du légionnaire frappé en Grèce (Patras).
LEG VII Légion VII. Aigle enseigne entre 2 étendards
ANT AVG III VIR RPC
Antonivs Avgvrvs triumviri Rei Publicae Constituandae
Antoine augure triumvir pour la restauration de la république.
Trirème voguant à droite avec lacrostolium.
Poids : 3,73 g. Diamètre 17 mm.
La légion VII Claudia a été formée en 51 av. J.-C. par Jules César et dissoute en 44 av. J.-C. Elle a été reformée par Galba sous le nom de Legio VII Gemina. |
Non content de rappeler la forme générale du navire, le crocodile est affublé d'un mat, représenté par une palme et au sommet duquel flottent les mêmes fanions qu'au sommet du mat des galères. Détail encore plus frappant, le rostre recourbé de l'avant du navire est représenté sous forme d'une espèce de museau très allongé et recourbé de la même manière sur certains crocodiles de Nîmes des premières frappes. On peut rapprocher ce "museau rostral" de la couronne rostrale qui coiffe Agrippa à l'avers. Ce "museau rostral" disparaîtra sur les frappes suivantes.
Dans l'antiquité, il était habituel de considérer que les navires étaient des sortes d'êtres aquatiques et fantastiques, protégés par les Dieux. De nombreux bronzes républicains montrent souvent nettement un oeil prophylactique (qui soigne), positionné à l'avant des bateaux, à l'exemple de la proue de l'as de Vienne, de Lyon ou d'Orange...et bien d'autres.
On est donc, sur le revers de l'as de Nîmes, en présence de la représentation physique du navire-crocodile.
N'oublions pas que les monnaies étaient un des rares et des plus efficaces vecteurs de propagande. On les chargeaient au maximum de symboles imagés et chacun y retrouvait les siens, puisqu'on les adressaient à des populations très diverses et la plupart du temps illétrées.
En résumé, le crocodile pourrait imager à la fois Marc Antoine et l'Égypte via la galère amirale commandée par Marc Antoine pour le compte de Cléopâtre à la bataille d'Actium.Ainsi à l'avers de l'as de Nîmes, Agrippa, amiral de la flotte d'Octave et vainqueur à Actium, est représenté coiffé de la couronne rostrale à l'extrémité recourbée. Si au revers on symbolise Marc Antoine par le crocodile, on l'affuble d'un museau rostral dérisoire pour se moquer de lui, et même de dents dépassant au dessus de sa mâchoire, au moins sur les types I et II. Cette particularité disparaît sur les types III et IV, comme si les symboliques évoluaient un peu au fil du temps en mettant notamment de côté les passions des premières années qui étaient très vives à l'encontre de Marc Antoine vaincu à Actium, pour ne garder ensuite que l'aspect commémoratif. Si les deux premiers types ont fait l'objet de multiples imitations, parfois de facture grossière et souvent archaïques, elles ont contribué aussi à la popularité de ce monnayage. Les types III et IV, frappés environ 20 ans après Actium, soit presque une génération, ont été beaucoup moins imités et "calibrés" dans un style officiel plus académique donc moins fantaisiste. Le monnayage de l'époque, en 20 ans, a aussi beaucoup évolué, et l'as de Nîmes n'a fait que suivre la tendance. Les besoins de l'Empire, en Gaule en particulier, ont été mieux pourvus, surtout en petite monnaie divisionnaire, celle que précisément les ateliers clandestins, encore plus gaulois que romains, imitaient tellement. Les poids et teneur en métaux précieux ont été alors mieux contrôlés et les frappes légales "de bon aloi" plus abondantes. |
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