LE CROCODILE
CROCODILE MARC ANTOINE ACTIUM SCEAUX-MÉREAUX
MARC ANTOINE, CE VIEUX CROCODILE !
Autant l'avers de l'as de Nîmes s'interprète sans trop d'ambigüité, autant il n'en est pas de même pour le revers.
On peut dire schématiquement que l'avers est commémoratif et le revers satirique. Dans cet esprit, le revers recèle beaucoup de sens cachés et par là même d'interprétations possibles. Si on part du postulat que le revers au crocodile est satirique et que l'on "tire ce fil" séduisant, on s'ouvre des horizons qui cadrent parfaitement avec le contexte de l'époque. Surtout, on ne se borne pas à symboliser un évènement à effet de propagande (la victoire romaine d'Actium du 2 septembre 31 av. J.-C.), mais on tient compte de l'environnement passionnel. Ce n'est pas la première fois que l'on utilise la satire sur une monnaie.
Les premiers dupondius et as de Nîmes au crocodile montrent un revers de style "barbare", plus proche des allégories gauloises que du style académique romain. Le crocodile est ainsi représenté de façon très caricaturale : dans ses proportions, avec les dents qui dépassent au dessus de la mâchoire supérieure et aussi le saurien est affublé d'une espèce d'appendice recourbé vers le haut, à l'extrémité de son museau. Il en est ainsi des deux premiers types. Les deux types suivants seront plus conformes à l'esthétique romaine. Le crocodile perd notamment ses dents transperçant sa mâchoire supérieure et son museau recourbé. Le crocodile est attaché non à un arbre, mais à une espèce de brindille sur les premiers types, que l'on identifie mieux par la suite comme étant une palme.
Ceci observé, on ne peut guère qu'emettre des hypothèses que l'on étaye en tentant de se situer dans la perspective de l'époque. En conservant notre angle de vue dans l'hypothèse de la satire, attardons nous un moment sur les rapports entre les hommes : en l'occurence Octave et Marc Antoine.
Marc Antoine faisait partie, avec Lépide et Octave, du triumvirat mis en place après l'assassinat de Jules César. Lépide a été écarté rapidement du pouvoir, mais Marc Antoine était un concurrent sérieux pour Octave qui visait à gouverner seul. La liaison de Marc Antoine avec Cléopâtre fut vécue par les romains comme la pire des trahisons ; il reniait Rome et ses dieux. Les anciens auteurs n'hésitaient pas à déclarer que Marc Antoine était "le captif de Cléopâtre" qu'il avait rejoint à Alexandrie.
En quelque sorte, elle l'avait envoûté au point qu'il abandonna tout pour elle : son pays, ses partisans, ses amis, ses dieux et il répudia Octavie, sa femme, soeur d'Octave. À Alexandrie, il ne portait même plus les habits romains. À ce moment, les romains haïssaient Marc Antoine et le considéraient comme le pire des traitres et un ennemi à abattre. Les partisans d'Octave ne se privèrent pas de le tourner en dérision.
MARC-ANTOINE.
83-30 av. J.-C.
Denier du légionnaire frappé en Grèce (Patras)..
LEG V
Légion V.
Aigle enseigne entre 2 étendards

ANT AVG III VIR RPC
Antonivs Avgvrvs triumviri Rei Publicae Constituandae
Antoine augure triumvir pour la restauration de la république.
Trirème voguant à droite avec l’acrostolium.

TB+/TTB
Poids : 3,40 g. Diamètre 19 mm

La Ve légion (Legio Alaudae), créée par Jules César en Gaule, a été reconstituée par Marc-Antoine en 44 av. J.-C. Le denier des légionnaires était frappé lors des campagnes militaires de Marc Antoine par des ateliers itinérants pour payer la solde des soldats et les honorer en personnalisant les frappes par légion (légions I à XXIII). Le coût d'une légion était d'un million de deniers par an.
Ce denier a été frappé en 32-31 av. J.-C., c'est à dire peu avant la défaite de Marc-Antoine à Actium (2 septembre 31 av. J.-C).
LE CORPS DU CROCODILE ÉPOUSE PARFAITEMENT LES CONTOURS DE LA GALÈRE DU CÉLÈBRE DENIER DU LÉGIONNAIRE DE MARC ANTOINE.
La victoire romaine d'Actium eut surtout pour finalité de mettre Marc Antoine hors d'état de nuire. L'Égypte ne menaçait pas outre mesure l'Empire romain.
Ainsi, "le captif de Cléopâtre" aurait pu être représenté par le crocodile enchaîné à la frêle Cléopâtre, personnifiée par une palme. Marc Antoine pourrait être ce crocodile caparaçonné de son armure et avec les dents trop longues, qui prit la mer pour consommer sa perte à Actium. L'extrémité du museau de l'animal aquatique, recourbé sur les deux premiers types d'as Nimois, représentait le rostre recourbé de la proue des navires. Marc Antoine fut vaincu sans gloire, ce qui ajouta à la dérision. L'as de Nîmes au crocodile flatte le vainqueur à l'avers et ridiculise le vaincu au revers. Malheur au vaincu !
Il était de coutume de réduire le vaincu jusqu'à effacer les traces de sa gloire afin de ne pas en faire un martyr ou l'objet d'un culte. L'objectif était de précipiter l'oubli de sa grandeur passée. Il en a été ainsi de Marc Antoine, mais aussi de Cléopâtre. Octave fit détruire presque toutes les effigies de la souveraine égyptienne. Son visage ne nous est connu que par quelques monnaies ou de rares représentations sur des bas-reliefs du sud de l'Égypte qui ont échappés à la destruction ordonnée par Octave. Le même Octave ira jusquà faire tuer le fils de Cléopâtre, Ptolémée XV (Césarion), qui pouvait présenter un éventuel danger politique à terme. Marc Antoine a donc fait l'objet des quolibets visant à le discréditer auprès de ses derniers fidèles et aux yeux de l'histoire.